Les héritiers s'expriment...

Mais fallait-il leurs laisser la parole ?

- trop tard -

(libre expression d'étudiants de la classe de musique électroacoustique de l'ENM du Val-Maubuée, France, Terre)

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Les Dieux et les Maîtres

Déclaration de principes et genèse acousmatique

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Au vu des mœurs de la classe d'électroacoustique du Val-Maubuée, nous nous devons de la décrire telle que personne n'a jamais osé le faire, sous l'angle le plus pernicieux qui soit, celui qui fait intervenir de la façon le plus crue possible la vérité vraie, celui de notre organisation parfaite, autrement dit : celui de notre HIÉRARCHIE.

 

Au commencement, il y avait les Dieux Originaux. Créateurs de la musique concrète, les Grands Pontificateurs de l'Éspèce (car telle est l'appellation solennelle de rigueur lorsqu'on les vénère) furent tout d'abord reclus dans des grottes obscures, ruminant le chaos originel. Tâtonnant, aveugles, dans leur espace vital, ils se rencontrèrent. Pierre Schaeffer vécut trente ans, il connut Pierre Henri et engendra des fils et des filles (rêvons de mixité). La durée totale de la vie de Pierre Schaeffer fut de neuf cent trente ans. Après quoi il mourut.

 

Histoire de la guerre des dieux :

Un jour, un dieu malfaisant apparut et tint ce langage : «Je suis Pierre Boulez, il y a trop de Pierre ici, et je suis le plus intelligent. Veuillez dégager.» Et il partit. Lorsqu'il se rendit compte qu'il avait été floué, il décida de mener une guerre impitoyable contre eux dans son coin. Et il la gagna tout seul. Et depuis, on s'en fout encore.

 

Histoire de la prise de pouvoir de François Bayle :

Au fur et à mesure que ses enfants naissaient, Pierre Schaeffer les avalait, car un oracle lui avait prédit qu'il se ferait détrôner par l'un d'entre eux. Mais un jour, Pierre Henri donna un rocher (une Pierre!…ah!ah!) entouré de langes en lieu et place de François Bayle, qu'il avala d'un coup sans s'apercevoir du stratagème. Devenu grand, François, élevé au banania par une titanide de choc, surmonta ses difficultés, ses dyslexies, et ses autres divers handicaps congénitaux divins, revint et ouvrit le ventre de son père, d'où sortirent tous ses enfants. Par la suite, Schaeffer les renia avec acharnement et détermination, mais trop tard.

Les fils et les filles des deux Pierre formèrent alors un panthéon sous la direction de François Bayle. Celui-ci vécut trente ans, et donna naissance à des fils et des filles. Il écrivit nombre de pièces, dont «Camera Oscura», hommage au lieu où se connurent les Grands Pontificateurs de l'Éspèce. Car, malgré ce que Pierre Schaeffer avait fait, il avait encore une grande affection pour lui qui ne lui fut pas rendue. Quant à Pierre Henri, Il continua à pouët-pouëter de Son côté et à venir chanter Ses louanges avec Ses enfants.

 

Histoire de la prise de pouvoir de Daniel Teruggi :

Après l'âge d'or et l'âge de Fer de l'Humanité Électroacoustique, apparut un nouvel âge, celui de Bronze. L'oracle de la Caisse Nationale d'Assurance Vieillesse avait prédit la fin du règne de François Bayle. La bataille pour la succession n'a fait aucun bruit hors du panthéon 116, mais il est possible qu'une guerre des Titans contre les Dieux ait eu lieu et que de multiples rancœurs consécutives à l'épanchement homérique de soifs de sang excessives aient pu naître. Elles sourdent sans doute encore, comme un foyer allumé au cœur de la matière acousmatique, et non encore révélé. Un nouveau Monde fait de Maîtres et de Disciples était né, il pourrait durer mille ans…

 

Histoire de la colonisation du territoire :

Ce Peuple Élu partit essaimer en France, et plus particulièrement en Région Parisienne. Il fonda de nombreuses colonies, car telle était la politique du gouvernement Baylien, puis celle du Teruggien. Toutefois, les populations locales continuent, avec obstination, de revendiquer la musique comme si elle était leur terre depuis plusieurs millénaires. La vérité, c'est qu'elle a été promise au peuple électroacoustique qui existe depuis que l'on frappe sur les Pierre avec les Pierre. La supposée occupation des territoires n'existe que pour une propagande rétrograde destinée à faire disparaître de la planète musicale notre peuple. Mais nous ne nous laisserons pas faire. Nous sommes prêts à utiliser notre arme absolue s'il le faut: ce sera LA GUERRE DES BRUITS.

Notre peuple est très soudé. La colonie de l'ENMDADVM décrit avec un humour typique les relations entre ses membres, ainsi que ses diverses activités.

C'est l'objet du Livre Sacré Suivant.

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La Hiérarchie de la classe de musique électroacoustique

de l'ENM du Val-Maubuée

(Une analyse du fonctionnement, vu de l'intérieur)

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La voilà donc cette classe, belle et bien rangée. Son chef, LE Maître, ses sujets, et ceux qui, encore en dessous, tentent sournoisement de prendre la place du dessus, en imitant leurs supérieurs aux dents pointues et crochues, qui eux-mêmes imitent LE Maître. Tous sont les engrenages d'une machine bien huilée, capable -admirez la- de casser toute résistance, toute subversion. Il ne va pas sans dire que cette admirable contrôle des pensées est le fruit d'un travail colossal, fondé sur une discipline de fer, dans le maintien d'une hiérarchie impitoyable dont nul ne peut s'extraire.

Il convient donc, dans un système quasi-libertaire, où LE Maître a toute liberté sur les êtres inférieurs qui composent la classe, de penser ce que dit LE Maître et de dire ce que pense LE Maître. LE Maître a toujours raison. Ainsi un ordre magnifique règne depuis toujours, et régnera encore, dans une classe malgré tout considérée comme solidaire; c'est la conscience de classe. LE Maître est l'intermédiaire entre la classe et les Dieux. Il connaît plein de Dieux et il paraîtrait même qu'il est déjà entré en communication avec eux. Le maître numéro un, autre nom DU Maître, tient son pouvoir de ces Dieux. Cela légitimise son rôle au sein de cette enceinte musicale qu'est le conservatoire. LE Maître a donc tout pouvoir tant sur les disciples individuellement que sur la hiérarchie elle-même. Ainsi, dans sa resplendissance, il utilise des techniques presque scientifiques pour déterminer le saint classement qui nous régit. Sa première méthode est une comptabilité habile de points positifs et négatifs qu'il tient pour chacun de ses disciples. Ceux-ci sont attribués ou retirés à l'issue de chaque action positive ou négative que peut entreprendre, mener, ou commettre, un étudiant. Pendant une séance, un disciple peut perdre ou gagner beaucoup de points; cela dépend beaucoup de la chance de l'élève et de l'humeur du professeur. Il est donc bien vu d'encourager cette bonne humeur qui est une constante chez ce grand homme si cultivé, si grand compositeur, si grand pédagogue et dont l'intelligence démesurée n'est surtout plus à tenter de prouver sous peine de… La seconde méthode qu'emploie LE Maître pour réaliser la hiérarchie est un système de galons appelés "cycles". Chaque cycle est obtenu pour d'obscures raisons sans que vraiment l'on sache pourquoi et quand. Il est pourtant sûr que le cycle entre largement en ligne de compte pour la constitution et la mise à jour de la hiérarchie; sinon, quelle serait sa raison d'être à part de tester l'humilité de certains? Car la modestie, apparente du moins, est fondamentale tant pour le bon fonctionnement de la classe que pour la propre modestie DU Maître qui serai froissée si on ne disait plus de sa chère classe, née de sa sainte chair, qu'elle est solidaire et sympathique. Mais l'apparente unité que semble afficher la conscience de classe cache des dissensions, des déchirures et des concurrences presque invisibles; la lutte de classe.

Après LE Maître, élément fondamental de la classe, viennent les autres grades. Le premier, après celui de Maître numéro un, est le statut de maître numéro deux. Les titulaires de ce grade ont les dents presque aussi acérées que leur unique supérieur. Mais voilà, au lieu de s'unir, les maîtres n°2 sont trop occupés à s'entre-dévorer dans le but inavoué que le plus fort prenne la place DU Maître, ce qui est, par essence, impossible puisque c'est SON rôle d'imposer la seconde place à ses sous-fifres impuissants. Et tant il y a eu de morts (officiellement des «départs»), qu'il ne reste plus qu'un maître n°2; Marc Leroux. Ce qu'il doit être méchant, ce maître n°2! Il faut pourtant souvent lui dire bonjour et des fois même lui serrer la main ! Il ne va pas sans dire que ce n'est pas sans une certaine appréhension, ni sans une très certaine crainte que l'on approche de ce monstre sacré de son si beau certificat de fin d'étude, indispensable à l'obtention du second grade, qu'il a gagné, comme tous ceux qui l'ont obtenu, à force de musiques géniales et d'encouragements multiples à la bonne humeur susdite du Grand Maître Suprême de la classe.

Ensuite vient Blaise, le poussin masqué. C'est un très grand musicien ; il compose une musique variée tantôt douce, tantôt agressive dont la très grande musicalité musicale est très mélodique. Sa musique (car il aime qu'on lui rappelle qu'il Compose de la musique), hautement savante, est écrite avec une sensibilité exacerbée dont lui seul a le secret et le secret de la compréhension. Outre ses maints talents électroacoustiques, Maître n°3 est un grand instrumentaliste : il est à la fois un grand violoniste, guitariste, un grand pianiste en devenir et un grand compositeur d'œuvres vocales qu'il ne manque pas d'interpréter sous la douche. Maître n°3 est donc un artiste hors pair mais, pour reprendre la formule de Queneau, ce n'est pas tout… Blaise est aussi un être, une âme, un homme politique. Il arbore fièrement les couleurs de son parti qu'il défend malgré tout, dès qu'il a du temps libre ce qui est rare. Car il est bien occupé, ce maître n°3, entre ses cours au CNSM de Paris et ceux au CNSM de Noisiel, ses activités de PDG de l'AEPE de l'école et celles de scénariste, d'écrivain au style si particulier qui prépare son prochain livre sur un sujet qu'il ignore toujours et qu'il n'a pas le temps d'imaginer, ses enregistrements, ses montages, ses mixages, son sommeil quand il peut. Mais ce n'est pas tout… LE Maître qui s'ennuie de ne plus voir s'entre&emdash;tuer, s'entr'égorger les maîtres n°2 car ils ne sont plus qu'un, projetterait de lancer maître n°3 dans l'arène en lui faisant croire, bien sûr, qu'il était arrivé à un niveau suffisant pour tenter de concurrencer l'actuel et unique maître n°2…

En suite viennent tout un magma de "maîtres" n°4. à commencer par Pierre-Éric qui cherche, n'est-ce-pas, à psychanalyser, n'est-ce-pas, la musique grâce, n'est-ce-pas, à sa formation classique et son éducation psychédélique dispensée par deux parents psychiatres. De là à le considérer comme un dangereux psychopathe potentiel, serial killer (un quoi?) de surcroît, il n'y a qu'un pas que je n'hésiterai surtout pas à franchir allègrement. L'une de ses théories des plus douteuses est que Karl Young est et a toujours été kubriquien depuis qu'il a vu qu'il était cité dans Apocalypse Now; et à cause de ce choc, il serait rentré en période bleue à l'issue de laquelle cet immense trouble aurait débouché sur la dualité de l'homme . En plus, Pierre-Éric, qui signe toujours Pierre dans le calepin, cherche à se faire passer pour un des grands pontificateurs de la musique, ce qui est, en plus d'être un affront à la modestie de rigueur dans le studio, donc un affront au Maître lui-même qui veut garder une classe unie, un viol à la morale électroacoustique, et un blasphème même, assimilant sa petite personne aux divins concepteurs de notre grande musique vénérée. Cet hérétique n'a donc que peu d'espoir d'avenir dans la musique électroacoustique, et pourtant, il s'entête dans cette voie pour le moins bouchée de l'anti-déïsme primaire qui n'a jamais fait de bon compositeurs, ni de bons dieux, ni de bons maîtres.

Matthieu de son côté, est un véritable félon qui se cache derrière, une fausse gentillesse illustrée par de pieuses compositions où il met en scène un berger jouant du saint pipeau magique dans le but de faire apparaître la sainte plus très vierge pour lui montrer sa verge plus très sainte. Mais ce maître n°4 se trompe de Dieux car les filles des deux Pierre ne sont que mâles velus et parce que les brebis égarées ou bien galeuses n'ont pas leurs place dans ce rude monde musical où le méchant Pierre, le dieu maléfique, les mange. Sur cette voie, Matthieu, tu t'égares, gare à toi.

Parmi ce magma de Maîtres n°4, il en est un qui ne ménage sa peine, ni pour travailler durement, ni pour aider les autres, ni pour le leur faire savoir. Il fait subtilement jouer la concurrence avec ses camarades, tout en les aidant dans leurs projets. Il fait entendre des œuvres d'une très grande qualité d'un côté, et pourtant n'excite la jalousie de personne, tant sa sociabilité est digne d'avoir été décrite par Cicéron lui-même au Sénat Romain. Il s'agit de Martin Trillot. Mais ne vous y trompez surtout pas. Derrière ce visage d'enfant, ces yeux rieurs et ces boucles châtain se cache l'âme noire d'un dangereux anarchiste. Ce suppôt de Proudhon et de Bakounine dissimule ses sombres desseins aux yeux de tous par une action psychologique très efficace, tendant vers un but apparent: la cohésion de classe, et vers un but véritable: la disparition de l'enseignement, vestige bourgeois de la République honnie à ses yeux, même encore maintenant qu'elle semble mourir de l'individualisme forcené des descendants de ses contractants. Il a par exemple prouvé très récemment sa roublardise et sa duplicité, en inspirant à un supérieur, qu'il croit naïf, mais qui voit clair dans son jeu depuis longtemps, un texte subversif sur les élèves de Notre Classe, sur LE Maître, ainsi que sur les Grands Pontificateurs de la Musique électroacoustique. Le texte, sensé officiellement donner une identité à la classe, a pour véritable objectif de semer la zizanie, telle les bombes ignobles que les Brigades du Tigre ont longtemps empêché d'exploser au début du Siècle. LE Maître ne manquera pas, avec la sévérité et le sens de la Justice d'un Père, ainsi que le déchirement d'une Mère impuissante, de choisir entre ses enfants, pour épargner à la société le spectacle du monstre qui a été enfanté. Légalisons l'avortement jusqu'à dix huit ans et demi après la naissance! En Ukraine, face aux Bolcheviks, il y avait un anarchiste nommé Nestor Ivanitch Makhno (1889 - 1934). Celui-ci descendait les collines à cheval, le sabre au clair, à la tête de son armée. Cet autre, qui est là parmi nous ce soir, utilise des méthodes terroristes qui insultent la mémoire d'un homme noble même s'il aurait combattu la République Une et Indivisible. Liberté, Égalité, Fraternité, ou la Mort. La Mort, donc, pour ce traître.

Venons-en à une série de personnages que nous pouvons considérer aussi comme des maîtres numéro 2 ou 3, mais futurs, eux, juste parce que c'est NOUS qu'on l'a dit. Et heureusement qu'on est âne-onyme, comme dit le Schtroumph.

Commençons par Jérôme. Cet étudiant est dangereux. Ses musiques sont beaucoup trop séduisantes pour être honnêtes. Il menace l'ordre établi. Il est possible que ce révolutionnaire potentiel soit éliminé prochainement. Un accident est si vite arrivé. Un grand sage, toutefois, a dit un jour: " N'ayons pas peur de souffrir !". Et manifestement, Jérôme appelle de tous ses vœux le châtiment ultime cité plus haut. Il pousse même la perversité jusqu'à posséder un MAC, comme les maîtres n° 1, 2, 3, et certains des 4… Jusqu'où ira son ambition ? Vous le saurez dans le prochain épisode ("Achetez le Parisien! Mystérieuse disparition à Noisiel! Les pompiers fouillent le ravin!").

Il faut savoir que la Classe est infiltrée par une secte maléfique et fiscale. Sans insister lourdement sur les poncifs vampiriques attachés à cette profession, et NON nous ne voulons pas savoir qu'ils ne font que de l'informatique là-bas, nous pouvons sans hésiter dénoncer la duplicité avec laquelle ces chevaliers de la Puissance Publique influencent l'esprit des occupants de Notre Studio. L'un d'entre eux est l'heureux propriétaire d'une arme secrète abominable et toutefois utile à l'occasion, et même, ne mâchons pas nos mots, FANTASTIQUE. Cette arme secrète a pour point commun avec le Gallion du Maître qu'il est pratique pour se téléporter au restaurant indien. Le vénérable tacot pourrait d'ailleurs, pour un scénariste retors, jouer un rôle involontaire dans le coup définitif porté à la carrière acousmatique lumineuse mais encombrante de Jérôme. Quant à l'autre, sa situation d'expatrié, car il a le culot d'habiter de l'autre côté de Paris, nous inquiète, car qui d'autre qu'un espion du S.A.N. pourrait venir avec un tel acharnement faire de la musique électroacoustique à 60000 mètres de son lieu d'habitation?

... ... ... fin (provisoire !)

[rentrée 1998]

"Le collectif activiste" des étudiants de la classe

Blaise Chabanis & Martin Trillot